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L'oeuvre de Saunière
Le domaine:
Le jardin du calvaire
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                           8 juin 1897
         Visite pastorale de Mgr Félix Billard

        Monseigneur,

  Il n'est pas, dans la vie chrétienne, de circonstance plus touchante pour le pasteur d'une paroisse et pour le troupeau à ses soins que la visite de son Evêque.
Pour moi, j'en suis profondément ému, et tous ceux qui se groupent ici, sous les yeux de votre grandeur, partagent cette émotion et s'associent j'en suis sûr, à tous les sentiments de respect et de reconnaissance que la présence du Représentant de Jésus Christ fait toujours naître au fond de l'âme du plus humble prêtre. Et cette reconnaissance, Monseigneur, est d'autant plus grande et mieux sentie, que pour venir jusqu'à nous, vous avez bien voulu quitter votre ville épiscopale en un jour aussi solennel que celui de la Pentecôte. Cette faveur, de la part de votre Grandeur, honore Rennes-le-Château et son Pasteur. Aussi ce dernier est-il tout particulièrement heureux de vous en témoigner en ce moment sa plus vive gratitude.
Dans nos petites paroisses, Monseigneur ne l'ignore pas, il y a quelques fois pour le prêtre des moments très pénibles, des heures bien tristes et bien douloureuses. Ces heures, la Divine Providence, ne me les a pas épargnées. En dehors des peines morales qui affectent le cœur de tout prêtre qui voit le peu de bien que ses efforts parviennent à réaliser.
J'ai vu des malheureux égarés par des conseils perfides, s'acharner contre tout ce que j'avais entrepris pour la gloire de Dieu et les embellissements de son temple. Dans ces jours d'aveuglement, tous les moyens leur ont été bons, même la violence. Heureusement le ciel veillait et cette même providence a fait tourner à bien leurs funestes projets. Mon cœur de prêtre et de Père en a cruellement souffert, cas ces âmes, Monseigneur, m'étaient d'autant plus chères qu'elles étaient mes enfants. Aussi n'ai-je cessé de demander à mon Divin Maître de les pardonner, comme je les pardonne du fond de mon cœur et des les ramener dans le vrai chemin. Mes prières n'on t pas été vaines et votre visite, Monseigneur achèvera, j'en ai la douce confiance, de consolider la paix qui règne maintenant parmi nous et sera pour la Pasteur une source de consolation et d'encouragement.
Il y a dans l'Evangile une parole bien effrayante et bien redoutable, c'est celle où il est dit par allusion à ceux qui son,t chargés du soin des âmes "redde rationem villicationis tua". Assurément, Monseigneur vous ne venez point ici avec la sérénité d'un maître inexorable, mais plutôt plein de douceur et de mansuétude pour, les brebis et pour le Pasteur. Cependant en venant nous visiter, il est tout naturel et bien légitime que votre Grandeur demande à celui qui tient ici sa place, en ce qui touche la charge spirituelle un compte fidèle de son administration.
Au point de vue matériel, l'église de Rennes-le-Château n'est pas une des plus mal partagée de l'heureux diocèse confié à vos soins, et si, votre Grandeur, ne trouve pas en elle le luxe de ses cathédrales, elle pourra y admirer cependant une exquise propreté.
Depuis mon arrivée dans cette paroisse, je n'ai eu qu'un but, faire de cette église, un temple digne de celui qui remplit l'immensité de sa présence, et mettant en pratique cette adage: "A audam fortuna juvet"; je me suis mis courageusement à l'œuvre et Dieu a voulu que mes efforts ne fusent pas stériles.
Depuis votre dernière visite (1 er juillet 1889), dans le sanctuaire, deux nouvelles fenêtres, ornées de riches vitraux continuant a reproduire les principaux trait de la vie de notre illustre patronne, sont venus s'ajouter à notre belle rosace et donner ainsi plus de régularité et plus de lumière à la partie essentielle de lia Maison de Dieu.
Deux statues, la Vierge Mère et Saint Joseph, deux sujets d'une grande richesse, d'une grande finesse d'exécution en complètent l'ornementation. Dans la nef, les arceaux ont été régularisés et les murs latéraux assainis, depuis leur base jusqu'à la voûte, une chaire, un nouveau chemin de croix, une nouvelle piscine, cinq statues, autant d'acquisitions qui ont été faites depuis votre dernière visite.
Aux dix premiers bancs destinés aux fidèles sont venus s'adjoindre dix autres.
Pour donner plus de régularité et surtout plus de jour à cette seconde partie de notre église, trois nouvelles ouvertures ornées de belles verrières ont été percées à droite et à gauche. Les couloirs de la nef ont été carrelés à neuf, notre vieux confessionnal tout vermoulu et menaçant de s'effondrer a té remplacé par un nouveau au-dessus duquel nous pouvons contempler un grandiose bas relief d'une très grande richesse représentant Notre Seigneur appelant à lui tous les malheureux pour, les soulager et les consoler. La tribune a été enlevée et la porte d'entrée renouvelée. Enfin l'autel, la chaire et l'église toute entière viennent d'être décorés par l'habile pinceau d'un artiste, notre compatriote.
Dans la crainte d'être trop long, je me permets de passer sous silence la belle et originale acquisition de notre bénitier. La restauration de la sacristie, du presbytère et les multiples travaux de la place, tout cela, Monseigneur, je le dois un peu à mes paroissiens, beaucoup à mes économies, au dévouement et à la générosité de quelques âmes étrangères de la paroisse.
Au point de vue spirituel, mes paroissiens ont la foi, ils aiment l'église. Ils assistent aux offices les dimanches et les jours de fêtes et petit est le nombre de ceux qui ont oublié le chemin du Temple Saint. Avec quelle satisfaction je voudrais pouvoir ajouter que la pratique Chrétienne est en rapport avec les convictions. Parler ainsi ne serait pas honorer mon Ministère, ni respecter mes paroissiens en les flattant outre mesure. Ce serait moins encore être un témoin fidèle auprès de vous, Monseigneur, qui, à les mérites réels de vos ouailles. Aussi, pour ne pas mériter les reproches du Saint Roi David, je dirai Monseigneur la vérité pleine et entière.
Les hommes paient ici un large tribut au respect humain et n'osent franchir, malgré nos encouragements, cette barrière qui se dresse entre eux et la Sainte Table. Les femmes sont généralement chrétiennes et donnent par leur soumission aux lois de leur Mère la Sainte Eglise l'exemple à ceux qu'on appelle la partie forte de l'humanité. Les enfants, la portion la plus chérie de mon troupeau, malgré la tristesse des temps actuels sont généralement dociles et me donnent de douces consolations de les garder quelques temps après leur première communion. Mais hélas, lorsqu'ils ont grandi, ils sont jetés par des parents inconsidérés dans des usines, véritables foyers d'immoralité et d'irreligion, où ne tardent pas à sombrer avec les bons sentiments qui les animent, les douces espérances qu'avait fondé chez eux leur Pasteur.
Voilà en quelques mots, Monseigneur, l'état de la paroisse confiée par votre bienveillance à ma sollicitude. Le bien qui y était a progressé je le crois et j'espère que sa marche en avant continuera, je l'attends de Dieu d'abord, qui est le maître des coeurs, je l'attends aussi du zèle qu'a déployé ici pendant quelques jours le bon et digne missionnaire dont l'éloquence apostolique a dû fasciner et attirer les âmes. La divine semence qu'il a jetée dans les cœurs et qui se sera féconde par la grâce de votre bénédiction Monseigneur, lèvera un jour, et les brebis égarées j'en ai la douce confiance reviendront au bercail. Et alors, Monseigneur, la paroisse de Rennes-le-Château sera votre joie et votre consolation.
L'évêque sera très touché par ces marques d'attention et par les réalisations du prêtre.
On ne sait, si avant sa mort, Monseigneur Billard est revenu à Rennes-le-Château, mais il ne fait aucun doute à l'existence d'une réelle amitié entre l'Evêque et le prêtre.
Paroissiens et fidèles apprécièrent le travail du Pasteur. Ces quelques mots au dos d'une carte postale d'époque en témoignent: "Admirez, au milieu d'un cadre incomparable, les prodiges d'art d'un prêtre à l'âme d'artiste, aimant son église et sa paroisse. L'église tombait en ruines, il l'a complètement restaurée et magnifiquement ornée";!
 





La dalle dite des chevaliers photographiée en 1935
à Rennes-le-Château par M. Rougé.
L'image du haut nous montre l'emplacement ou se trouvait la dalle, sculpture face au ciel.
Photo - © Copyright André Galaup

Rennes-le-Château
 le 21 mars 1891

Je soussigné Saunière, desservant de la paroisse prend l'engagement de clôturer à mes frais la place publique située devant l'église.
Signé B.Saunière



En 1894, Saunière fait forger par Charles Dénarnaud, maréchal-ferrand à Alet le porte du cimetière (214 kilos), fait mettre en place les grilles du jardin, les portes de fer, les serrures, les treillis de fer pour le jardin de la Vierge etc.
Montant des travaux 937,38 frs.
Une somme importante.
 L'abbé Saunière sollicitera un sous-seing privé en date du 29 août 1895, s'engageant à régler cette somme sur 5 ans par acompte de 200 frs l'an.
Le premier versement ayant lieu le 1 er juillet 1896.

                   Des incidents regrettables

Outrepassant l'avis du conseil municipal, Saunière va faire construire dans un angle du jardin, contre le mur du cimetière une petite maisonnette, ou il installera sa bibliothèque et cabinet de travail. L'édifice était surélevé, le sol avait été creusé afin d'aménager une citerne.
Cette réalisation allait provoquer un incident le 14 juillet 1895. Un incendie menaçait tout un quartier essentiellement composé de granges emplies de foin. Les pompiers décidèrent alors d'utiliser la citerne. Le curé seul ayant la clef, la leur refusa. Le Maire. Sauzède intervint. Les pompiers voulant enfoncer la porte, Saunière s'exécuta. Le lendemain, le curé déposait une plainte à la gendarmerie de Couiza pour violation de domicile. C'en était trop! Le 20 juillet, le Conseil Municipal prenait une nouvelle délibération et ordonnait au curé de réintégrer le presbytère et d'installer sa bibliothèque et cabinet de travail  ailleurs. Le local resterait fermé au loquet et servirait à entreposer les vases. Le curé  ne put que s'incliner.

 

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