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La montée d'escalier qui relie le salon du rez de chaussée aux chambres
de la villa Béthanie a longtemps abrité une copie de ce célèbre tableau
d'Alphonse MUCHA " Fleur " 1894 - Panneau dessiné pour "Home Décor",
magasin spécialisé dans les articles décorés pour la maison 115 X 190
cm. Étrange et étonnant tout de même ce choix de décoration de l'abbé
Saunière.



Le succès de Mucha débute à la fin de
l'année 1894, lorsqu'il dessina dans des délais très brefs Gismonda, la
première d'une longue série d'affiches pour Sarah Bernardt.
Un contrat avec l'éditeur Champenois lui amena de nombreuses commandes
pour des affiches concernant toutes sortes de produits et amorça la
série extrêmement populaire des panneaux décoratifs intitulée Les
Saisons, Les Fleurs, Les Étoiles et d'autres encore
Mucha était un artiste prolifique. Deux ans après l'apparition de
Gismonda dans les rues de Paris, il exposa 107 oeuvres à La Bodinière
et 448 oeuvres au Salon des Cent.
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Alphonse MUCHA
14 juillet 1860 -
14 juillet 1939
Génie de l'art nouveau
Alphonse Mucha naquit le 14 juillet 1860 à Ivancise, une petite ville au
Sud de la Moravie; laquelle faisait partie de l'Empire austro-Hongrois,
l'actuelle République Tchèque.
A cette époque l'Empire Austro-hongrois occupe encore une bonne
partie de l'Europe, mais le déclin commence.
Les parents Mucha étaient des petits bourgeois. Sa mère, Amalia,
s'occupait de ses deux filles et de ses quatre garçons, parmi lesquels
Alphonse-Marie n'était pas le plus facile. Son père, un huissier
exerçait ses fonctions au tribunal d'Ivancise, chef lieu de la Moravie
du sud.
Enfant de chœur, puis membre de la chorale de son lycée, Alphonse
devint peu à peu violoniste à la cathédrale de Brno, située à une
cinquantaine de kilomètres de sa ville natale. Depuis sa plus tendre
enfance Alphonse avait aussi la passion du dessin et enchantait ses
camarades par ses portraits et ses caricatures.
Élève médiocre, son père voulut l'orienter vers le séminaire,.un
seul entretien avec l'ecclésiastique chargé des admissions suffit pour
persuader les deux interlocuteurs qu'il n'était pas fait pour la
prêtrise. Son développement artistique ultérieur s'inspira de ses
expériences précoces du nationalisme et de la religion Tchèques,
particulièrement en ce qui concernait la musique et les décorations
d'église.
Bon dessinateur, Alphonse était aussi bon calligraphe. Son père
parvint à en faire un greffier au tribunal ou lui-même était huissier.
Bientôt, le nouveau venu prit l'habitude d'enjoliver les registres de la
Cour de portraits ou des caricatures des plaignants et des accusés.
N'étant pas l'habitude de la maison,.il dut abandonner.
La chance, qui a un faible pour les jeunes gens doués se
manifeste une première fois. A 19 ans, il est engagé par la maison
Kautsky-Brioché-Burghardt, spécialisée dans la fourniture de décors
aux théâtres de Vienne. Il fait son entrée dans la capitale et
va très vite s'initier à la fois à l'art commercial et à la vie si
intense de la grande ville et constater que si dans son humble village,
la peinture était tenue pour un métier manuel tout juste bon à
contribuer à la décoration des églises et autres lieux publics, à Vienne
au contraire, le peintre était un membre bien vu de la société dont il
pouvait devenir un des rois si son talent était reconnu.
Tout en brossant les décors, il a pris conscience de ses capacités et
est bien décidé à devenir un peintre à part entière. La chance, va a
nouveau se manifester suite à l'incendie qui conduit ses employeurs à
mettre un terme à leur affaire. Il quitte Vienne et s'installe
dans un petit hôtel à Mikulov, où il peint des paysages, des portraits,
mais aussi effectue des inscriptions de pierres tombales.
Il est découvert par le seigneur des lieux, le comte Karl
Khuen-Belasi, le plus gros propriétaire de la région qui le charge
d'effectuer des peintures murales dans son château. Son travail est une
totale réussite et Mucha sera accueilli dans la noblesse locale. s'étant
acquitté à merveille des taches difficiles commandées par le comte Khuen,
celui-ci allait l'aider à accomplir sa destinée. Il lui servit
pendant pendant sept ans une rente afin de lui permettre de payer ses
études et de subsister.
En 1885 Mucha entre à l'académie de Munich où il reste deux ans.
Mucha a alors 27 ans, l'académie et la ville de Munich n'ayant plus rien
a lui donner il décide de partir pour Paris, c'est là qu'il fréquentera
de nombreux artistes dont Gauguin. Mucha s'intéresse à la photographie
prenant des clichés de ses modèles, se constituant très vite une
importante documentation. Il s'inscrit à l'académie Julian et travaille
en même temps comme graphiste chez Armand Colin pour gagner sa vie. Il
fait également des travaux d'illustration notamment pour la presse (L'Illustration,
le Figaro Illustré). Il obtient, grâce à un ami, une place dans une
revue spécialisée ; Le Costume de Paris, c'est là qu'il découvre
le travail de Steinlen résolument "Art Nouveau". Il a également la
possibilité d'aller au théâtre puisqu'il reçoit des entrées gratuites de
son employeur.
Fin 1900 le nom de Mucha
devient synonyme d'Art Nouveau français
La seconde chance se présente à lui fin 1894. Un camarade lui
demande de revoir les épreuves d'un travail important qu'il avait
effectué. Alors qu'il était chez l'imprimeur Lemercier pour terminer de
corriger les épreuves, le directeur reçut un coup de téléphone de Sarah
Bernhardt qui voulait une affiche pour sa pièce, celle-ci devait être
sur les murs pour le nouvel an, ce qui ne laissait que quelques jours
pour sa réalisation . En cette période de fêtes, Noël approche, seul
Mucha est présent, il n'avait jamais réalisé de travail de ce genre,
mais il se lança. Son directeur l'amena au théâtre le soir même afin
qu'il puisse se faire une idée de la pièce "Gismonda".
Le projet fut accepté le 28 décembre, il fallait passer à la
réalisation. Le 30 les affiches étaient prêtes à être collées sur les
murs de Paris. Le même jour, on le convoqua au théâtre, il entra dans la
loge de Sarah Bernhardt qui regardait l'affiche. Mucha s'attendait au
pire, mais en l'entendant entrer, Sarah Bernhardt lui sauta au cou.
C'est à ce moment qu'il commence à travailler pour elle. Dés lors, Mucha
allait travailler pour elle pendant six ans sans interruption. Très
vite, il devint un homme en vue dans le monde artistique international.
La renommée de Sarah Bernhardt était internationale, le fait de
travailler pour elle était une chance inestimable. L'affiche de "Gismonda"
plut autant au public qu'à l'actrice, l'époque Art Nouveau commençait.
Le contrat signé entre Mucha et Bernhardt donnait l'exclusivité du
travail de Mucha, pour le théâtre et à la comédienne, pour le reste il
pouvait faire ce qui lui plaisait.
Les fabricants de parfums, champagnes ou bicyclettes se pressent
alors à la porte de Mucha qui peut se permettre de fixer ses tarifs.
Les deux artistes deviennent proches, Mucha participe même à la
production de la pièce "La Princesse lointaine" aux cotés de
Sarah Bernhardt. Les œuvres de Mucha sont sur tous les murs, de grandes
marques telles que les papiers à cigarette Job, les biscuits
Lu ou encore le champagne Ruinart font appel à lui.
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Mucha, un artiste prolifique
Petit à petit on
appelle Art Nouveau le style de Mucha. Il réalise parallèlement des
panneaux décoratifs pour les habitations, souvent à partir de ses
affiches. Mucha peint des portraits des filles du riche industriel Crane.
Un jour, il lui fait part de son projet de consacrer le reste de sa vie
à peindre vingt tableaux de grandes dimensions représentant une épopée
symbolique du peuple slave et ce depuis l'Antiquité. Crane finit par
accepter de le financer, Mucha entreprend alors un voyage d'études dans
les pays slaves.
En 1911 Mucha s'installera à Zbirov, il travaille alors sur ses toiles
de six mètres sur huit. En même temps, il réalise des travaux pour la
toute jeune Tchécoslovaquie (timbres, billets de banque,…) pour lesquels
il ne veut accepter aucune rémunération.
En 1919, les sept premières toiles sont exposées à Prague, d'autres
partiront pour les Etats Unis où elles font sensation. Mucha reçoit
alors de nombreuses commandes, notamment pour le Hearst Magazine.
Mucha part deux ans en Amérique.
En 1921, il revient en Europe pour ne plus jamais la quitter. Il va
consacrer toute son énergie à l'épopée Slave. Celle-ci sera
officiellement remise à la ville de Prague en septembre 1928. Une
période troublée, une guerre est passée une autre se prépare. L' Art
nouveau est concurrencé, et remplacé par l'Art Déco, et même si l'art de
Mucha reste beau, il n'est pas reçu avec la même ferveur.
Le 15 mars 1939, les troupes allemandes entraient en Tchécoslovaquie.
Un des premiers à être convoqué à la Gestapo fut Mucha. Les mois
précédents cette arrestation, Mucha avait été atteint d'une grave
pneumonie. Pour raison de santé, Il fut relâché après un interrogatoire
par la police politique hitlérienne.
Mucha ne désespère pas de voir son pays à nouveau libre, il meurt
des suites d'une affection pulmonaire le 14 juillet 1939. Il laisse
derrière lui sa femme Maruska, de vingt ans sa cadette, qui décède en
1959, une fille, un fils et une des plus grandes œuvres de l'Art
Nouveau. Il fut enterré au cimetière Vysehrad parmi d'autres célèbres
artistes et patriotes Tchèques.
Après avoir dessiné des flacons de
parfum, des bouteilles de champagne et des bicyclettes, peint Sarah
Bernhardt sous toutes les coutures et imposé un style fait de courbes et
de pastels, Alphonse Mucha se lasse de la publicité.
En 1899, le pape de l'Art nouveau décide d'illustrer la prière du
Notre-Père. Mêmes enluminures, mêmes arabesques sensuelles, même fonds
décoratifs d'éléments végétaux, sauf que Mucha y ajoute dans ces sept
célébrissime versets une envolée mystique étonnante.

Le Pater de Mucha, illustré en 1899, à une époque où les
relations entre l'Église catholique et la franc-maçonnerie sont
hostiles, pose la question de savoir pourquoi l'artiste a ressenti le
besoin d'associer ces deux obédiences dans une œuvre qu'il considérait
comme l'une de ses plus importantes.
L'engagement maçonnique de Mucha n'a pas été facile. Jusqu'à l'âge de
20 ans il rejette même la maçonnerie qu'il considère comme une des
manifestations de l'incroyance alors que lui-même était un pratiquant
catholique. C'est au cours d'une conversation à Brno avec le comte Khuen,
qui avait sur lui une grande autorité morale que celui-ci lui déclara
que c'était un honneur de pouvoir être admis parmi les francs maçons.
Dés lors, Mucha modifia son attitude.
Lorsqu'il arrive à Paris en 1886, cette nouvelle curiosité l'amène à
fréquenter assidûment les théosophes et les sociétés d'occultisme et de
spiritisme de la capitale. Il reçoit beaucoup dans son appartement de la
rue du Val de Grâce. En bonne compagnie de l'autre monde, il poursuit
ses séances de spiritisme auxquelles prenait part le bibliothécaire de
l'École Polytechnique, le célèbre Camille Flammarion et bien d'autres.
En 1897 il effectue les formalités requises en vue de son admission dans
une Loge du Grand Orient de France. L'atelier de cette loge est assez
militant sur le plan politique, composé de frères qui se battaient pour
les idéaux de la République avec souvent des sentiments anticléricaux.
Pourtant Mucha n'est pas athée, au contraire, il est non seulement
croyant mais catholique et le restera jusqu'à sa mort.
Une adhésion insolite, mais qui reflète la complexité du caractère de
Mucha qui restera fidèle à ses deux engagements et ses convictions
personnelles qu'il pense "complémentaires", jusqu'à sa mort.

Dans la composition finale pour la page de titre du Pater, disposés en
colonne verticale, sept symboles représentent chacun des différents
versets du Notre-Père. Ces motifs appartiennent au registre symbolique
de la franc-maçonnerie.
Reproduction photographique tirée de l'ouvrage, coédité par la Fondation
Neumann, Gingins, Suisse et Somogy éditions d'art, réalisé à l'occasion
de l'exposition "Mucha. Le Pater", illustration pour le Notre-Père
présentée au Musée des Arts décoratifs de Bordeaux en janvier 2004
Texte et Photos - © Copyright André Galaup
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