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Antoine Bigou inhumé à
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           Saunière franc-maçon ? 
            Non, trois fois non.

 André Galaup, connaissant mon cursus maçonnique, m’avait fait parvenir un article, sous la plume d’André Douzet, fort intéressant au demeurant, dans le strict objectif de la recherche, « confirmant » l’appartenance de Saunière à l’Ordre des Francs-Maçons. Et le site Terre de Rhedae de publier la photo d’ un sautoir trouvé( je cite) «  dans une caisse d’objets laissés par Saunière et qui se trouve actuellement en possession d’Antoine Captier et de son épouse dont le père avait acheté la villa Béthanie en 1946 à Marie Dénarnaud ».

   Toutes les pistes sont intéressantes à suivre, à condition de les confronter aux réalités historiques, même si ces dernières ne sont pas exemptes de manipulations. Mais les approximations et le mélange des genres ne permettent pas d’affirmer… de là à confirmer… il  y a loin de la coupe aux lèvres.
L’article, sous la photographie du sautoir, dit qu’il appartiendrait au Rite Ecossais au grade de Chevalier de la Rose-Croix.
Première erreur : c’est un sautoir de Vénérable maître (président d’une Loge) qui date du début du XX° siècle, au vu de la Gloire et des décors y figurant.
Deuxième erreur : ce sautoir n’est pas du tout du Rite Ecossais (lequel ?) même si son propriétaire a  fait inscrire les deux lettres R.C  sur l’avers, qui est mis seulement au jour  à l’occasion d’une cérémonie funèbre.  Ce sautoir est bien du rite Français dit, improprement, Groussier (du nom d’un ancien Grand-Maître)  utilisé aujourd’hui par la grande majorité des Loges du Grand Orient de France notamment, ce qu’indique sa couleur que nous appelons « le bleu marial » par rapport au « bleu azur » du rite Français des Modernes de 1783, couleur que l’on retrouve dans le Système du Rite Ecossais Rectifié.
Troisième erreur : malgré les initiale de R.C. sur l’avers, ce sautoir n’est en rien un sautoir de Chevalier Rose-Croix du Rite Ecossais Ancien et Accepté, ni du Rite Ecossais Primitif et encore moins des Souverains Prince Rose-Croix du IVme Ordre  du Rite Français des Modernes. Dans tous ces cas, les sautoirs  de R+C sont Rouges avec une croix pâtée le plus souvent bordeaux au milieu du sautoir avec en son centre une rose. Sur l’avers moiré de noir du sautoir, selon le Rite, est une croix Latine ou à branches égales de couleur rouge, qui est celle du Grade. Parfois, figure au centre du sautoir, outre la Rose et la croix, un pélican déchirant ses entrailles afin de nourrir ses petits…

Voilà pour les symboles concernant  le sautoir.

Autre fait  confortant la  non appartenance de Saunière à la maçonnerie : nous n’avons jamais trouvé le nom de Béranger Saunière sur les tableaux de loges que nous avons pu consulter. Je veux parler des loges existant dans le département de l’Aude et voisins à cette époque. Il ne figure pas non plus dans la liste des membres de la Golden Down que fréquentaient certaines de ses supposées relations axées sur l’occultisme, avenue Victor Hugo à Paris.
On pourra nous rétorquer, à juste raison, que cela ne veut rien dire et que de nombreux ecclésiastiques étaient maçons. Si cela reste vrai jusqu’à une certaine date, rien n’est plus vrai à l’époque de Saunière. La très grande majorité des Loges sont affiliées au Grand Orient de France qui, fin XIX° et  plus particulièrement avec la lutte engagée avec la séparation de l’Eglise et de l’Etat, et jusque dans les années soixante et plus, est devenue une organisation dont la majorité des loges, pour reprendre une expression triviale « bouffait du curé » également en réponse à l’ excommunication. Je vois mal Saunière avec ses prêches anti-républicains, adhérer à une organisation maçonnique  qui s’évertuait à défendre la République et la laïcité contre une religion catholique apostolique romaine qui, tout au long de son histoire, a lutté contre la liberté absolue de conscience. Comment le tenant d’un dogme aurait-il pu souscrire à un mouvement venu, entre autres sources, du siècle des Lumières prônant la raison face à la vérité révélée ?


     
                              
                                  Le Sautoir.

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                          1059-2009
                Neuf cent cinquantenaire
                d'une date controversée.

  La presque totalité des ouvrages écrits sur Rennes-le-Château renseignent la date de 1059 comme celle de la consécration de l'église, en oubliant qu'elle a été érigée deux siècles et demi plus tôt.
  On doit cette date à l'historien originaire de Limoux, Louis Alban Buzairies (1807-1871), dans son ouvrage "Notices historiques sur les châteaux de l'arrondissement de Limoux" publié en 1867.
Bien qu'il ne cite pas ses sources, Buzairies se fonde -ou plutôt brode- sur un court épisode relaté par Dom de Vic et Dom Vaissète dans leur monumentale "Histoire Générale de Languedoc", publiée en 15 tomes de 1715 à 1740, épisode qui mérite d'être résumé ci-après.
  En 1058, Guifred, archevêque de Narbonne et coseigneur de la maison de Carcassonne, ramène d'Espagne les reliques des saints Just et Pasteur, qui auraient été réservées pour la cathédrale de cette ville par Charlemagne lors de ses menées contre les Sarrasins deux siècles plus tôt.
  A la suite d'un différend avec Bérenger, vicomte du lieu, Guifred transporte son siège épiscopal et les reliques de la cathédrale “dans une simple paroisse de son diocèse”.
La vicomtesse Garsinde, épouse de Bérenger mais aussi cousine germaine de Guifred, après lui avoir vainement adressé moult suppliques, “se rendit alors secrètement dans l'église où l'archevêque avoit placé les reliques, et qui n'étoit pas encore consacrée; et après s'en être saisie, elle les remit dans la cathédrale”.
  Buzairies prétend que cette église "qui n'étoit pas encore consacrée" est celle de Rennes.
  Il est inconcevable que l'archevêque Guifred ait pu procéder, avec tout le cérémonial liturgique que cela implique, à la consécration officielle d'une église qui était devenue, en langage vulgaire, la planque où il recelait des reliques connues et qu'il avait lui-même détournées.
Par ailleurs, l'entreprise délictueuse n'a pas prospéré bien longtemps puisque Garsinde a très rapidement recouvré les reliques, épargnant ainsi de justesse à son cousin Guifred les sévices que la prévôté du vicomte Bérenger, lancée à ses trousses, ne lui aurait pas manqué d'infliger.
Enfin, d'après Dom de Vic et Dom Vaissète dans leur "Histoire Générale de Languedoc", l'archevêque Guifred n'était pas un enfant de chœur, car il avait déjà été excommunié pour simonie par le pape Victor II en 1057 et il le sera à nouveau par le pape Nicolas II en 1060.

               Paul SAUSSEZ - mai 2009.

Monseigneur de la Cropte de Chanterac


Mandement et blason de Monseigneur
    Gaston de Bonnechose

                    

De plus, dés 1738, le pape Clément XIII promulgue la bulle « in eminenti » qui interdit aux catholiques de devenir maçon, interdiction qui sera toujours et sans interruption prorogée par le Vatican, y compris par la majorité des papes qui prononcent l’anathème contre les francs-maçons, jusqu’à Jean-Paul II en 1983, tout comme son successeur Ratzinguer. Fin XIX et début du XXème siècle, très peu de prêtres se risquaient à devenir francs-maçons. Affublé de cornes et d’une longue queue, trident en main dans des dessins de propagande catholique,  le franc-maçon était alors comparé au diable en personne. Quelques prélats, plutôt de haut-rang,  se retrouvèrent, comme aujourd’hui, dans de rarissimes loges très particulières mêlant plutôt des affairistes parfois sulfureux.
Il reste vrai que de nombreux ecclésiastiques ont adhéré à la Franc-Maçonnerie, surtout avant la Révolution de 1789. Quelques uns après, mais cela reste assez anecdotique, même si nous retrouvons dans une loge du Sud, un prêtre élu Vénérable de sa Loge. Et  si quelques monsignores « romains » sont aujourd’hui membres de certaines loges.*
 Il ne faut pas oublier que lors du Convent de 1877, le pasteur  de l’Eglise Réformée, Frédéric Desmons, Vénérable de la Loge « Le Progrès «   dans le Gard, Conseiller de l’Ordre du Grand Orient de France, fit voter par cette assemblée  la suppression de « l’obligation de la croyance en Dieu et de l’immortalité de l’âme »,  de l’article Premier de la Constitution du GODF, comme fut supprimée l’obligation - sans interdiction   - d’ouvrir une Loge sous les auspices du Grand Architecte de l’Univers. Ce qui laissait la liberté de choix. Tout ceci pour dire que je ne vois pas très bien notre curé participer aux travaux d’une loge  après ces révisons laïques. L’auteur parle de réunions « martinistes ». Je ne m’aventurerais pas à faire entrer le martinisme, qui est plutôt une déviance judéo-chrétienne, dans l’Ordre maçonnique, même si Martinès de Pasqually a fréquenté plusieurs loges maçonniques du Sud avec plus ou moins de succès. Que Saunière ait fréquenté certaines de ces réunions ? Pourquoi pas ? Je ne me suis pas penché sur cette question. Mais ne mélangeons pas les genres.
Quant aux prêches de Monseigneur Billard qui abusait du qualificatif T.C.F. (Très Chers Frères),  et que l’auteur identifie comme « proche » de la maçonnerie,  « connaissant le jargon trois point » écrit-il, c’est bien mal connaître les origines de la maçonnerie pour ne pas savoir que ce sont les francs-maçons qui ont adopté un « vocabulaire » et des « catéchismes » relevant de l’église et non le contraire. Aux origines  de la maçonnerie, celle dite « opérative » et les différentes et multiples sources, nous le confirment, la maçonnerie est Déiste, parfois Théiste, et chrétienne. Les maîtres de Loges étaient le plus souvent des prieurs ou évêques. Il est donc inutile de fantasmer sur cette appellation qui est toute naturelle et historique dans la bouche d’un ecclésiastique. Cette appellation de « Très chers Frères » perdure encore de nos jours et ne doit rien au monde maçonnique, pas plus que la devise « Liberté, Egalité, Fraternité » comme le croient encore même des francs-maçons.
Le seul argument, et il reste très faible, qui aurait pu nous laisser aller à penser que Saunière aurait pu, à la rigueur, fréquenter une Loge maçonnique, serait la proximité, durant un laps de temps, de son frère Alfred avec la famille Chefdebien. L’un des fils de ce noble breton installé en Occitanie, le marquis de Chefdebien d’Armissan, fut à l’origine de la Création de la Loge des Philadelphes, à Narbonne. Appartenant au Directoire des Ecossais Rectifiés de Septimanie, ce franc-maçon avait demandé l’autorisation au Grand Orient de France de lui accorder patente d’un nouveau rituel soit disant secret dit « Rituel de Narbonne » qui disparaîtra assez rapidement du monde maçonnique et  qui reste le « souci » de bien des chercheurs en maçonnologie.
Et si proximité maçonnique il y a eu entre Béranger Saunière et le marquis, nous n’en avons pas trouvé le moindre indice et encore moins la plus minime trace. Quant à la fréquentation par Saunière d’hommes connus pour leur appartenance à la maçonnerie, cela ne veut rien dire du tout. Il y a toujours eu des échanges, y compris entre athées et religieux, et entre gens de culture, fussent-ils adversaires, la controverse ayant toujours été bénéfique.
Enfin, rappelons en toute modestie que, contrairement à ce qu’écrit M.Douzet, le chiffre « 33 » n’est pas comme il « croit le savoir,  le nombre fraternel symbolique par excellence » Mais le 33ème degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté, valable pour ce seul Rite et pas pour les autres rites qui font l’Ordre Maçonnique Universel. Il n’existe pas en maçonnerie de « nombre fraternel » mais un « âge » maçonnique, selon les degrés ou les grades, ce qui est totalement différent.
L’appartenance de Saunière à l’Ordre maçonnique  reste aujourd’hui du domaine du fantasme. Bon pour un roman. Mais sans aucune approche de vérité, même si cette dernière n’a de valeur que dans un espace temps déterminé.
                                            Jean-Yves Tournié
*Pour ceux que cela intéresse, lire à ce sujet « Loggia Secretum »  aux Editions de Janus.

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    Le tombeau des seigneurs de Rennes:
       un secret de l'évêché de Carcassonne ?

 A la date du 21 septembre 1891, Bérenger Saunière note dans son cahier journal "découverte d'un tombeau". Il s'agit du tombeau des seigneurs de Rennes que mentionne le registre paroissial tenu de 1694 à 1726 et qui a été retrouvé dans les papiers de l'abbé.
  Ce registre signale que le tombeau est "en l'église de ce lieu, auprès du balustre", c'est-à-dire près de la balustrade de communion qui sépare le chœur de la nef.
  La découverte de l'abbé Saunière n'est donc pas fortuite. Il devait en outre être au courant de l'existence d'une crypte attenante au tombeau, qui -logiquement- devait se situer sous le chœur.
  En effet, la pièce dite "secrète", construite dans les derniers mois de 1891 derrière la sacristie et à hauteur du chœur, devait permettre à Saunière de percer, à l'abri de la curiosité de ses ouailles, un souterrain vers la crypte par une baie qui existe à cet endroit en sous-œuvre de la maçonnerie.
  D'où l'abbé Saunière tenait-il ses informations sur la nécropole souterraine de Rennes ?
  Plusieurs indices laissent penser que ces informations lui ont été communiquées par son supérieur, Mgr Félix Arsène Billard, évêque de Carcassonne, qui avait nommé Saunière à la cure de Rennes.
  L'abbé Billard avait été le vicaire général de Mgr de Bonnechose en 1880 lorsque celui-ci était évêque de Rouen. Or, Mgr de Bonnechose avait lui-même été évêque de Carcassonne de 1848 à 1855, et c'est avec insistance qu'il recommandera son protégé pour le siège épiscopal de ce diocèse lorsque celui-ci était devenu vacant par le départ de Mgr Leuillieux pour Chambéry en 1881.
  Mgr de Bonnechose devait être informé de quelque particularité à découvrir dans l'une ou l'autre église de son diocèse, tant il les inspectait avec minutie lors de ses visites pastorales. Il aura très certainement transmis à Mgr Billard les renseignements qui ont motivé ces recherches.
  Les archives religieuses qui ont pu survivre à la Révolution sont celles que les ecclésiastiques ont cachées ou emportées avec eux en exil. Or, en 1791, Mgr de la Cropte de Chanterac, dernier comte évêque d'Alet, s'est exilé à Sabadell (Catalogne espagnole) avec tout son chapitre et plusieurs malles d'archives et d'effets sacerdotaux. Un an plus tard, il y était rejoint par l'abbé Antoine Bigou, curé de la paroisse de Rennes, qui faisait partie du diocèse d'Alet jusqu'à la Révolution.
  L'un et l'autre devaient obligatoirement connaître l'existence du tombeau des seigneurs de Rennes et la raison, toujours obscure, de sa condamnation sous l'épiscopat de Mgr de Bocaud en 1740.
  Après l'annulation en 1797 des lois frappant les gens d'Eglise, ces archives -en partie au moins- ont pu être ramenées d'Espagne, et parmi celles-ci les Ordonnances (comptes-rendus) des visites que les évêques effectuaient régulièrement dans les églises de leur diocèse.
D'après l'abbé Lasserre dans ses "Recherches historiques sur la ville d'Alet" publiées en 1877, les Ordonnances des visites pastorales de Mgr de la Cropte de Chanterac montrent qu'il inspectait les églises de son diocèse dans leurs moindres détails.
   La trace de ces documents, qui auraient sans doute donné de précieux renseignements sur le tombeau des Seigneurs, semblerait donc perdue. L'évêché de Carcassonne affirme en outre ne pas être en possession d'archives antérieures à la Révolution. Qu'il me soit permis d'en douter.
   Je reste en effet convaincu que les informations sur la nécropole souterraine de l'église de Rennes, communiquées à l'abbé Saunière par Mgr Billard qui les tenait de Mgr de Bonnechose, qui lui-même les avait retrouvées dans les archives du diocèse d'Alet, lesquelles avaient été emportées à Sabadell par Mgr de Chanterac puis restituées par l'un ou l'autre de ses co-exilés à l'évêché de Carcassonne après 1797, sont encore à ce jour en possession de celui-ci.

             Paul SAUSSEZ- mai 2009

 

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